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jeudi, 09 novembre 2006
Chroniques de Lebster Ends 1 - par Chéri
Les Chroniques de Lebster Ends - 1
Aujourd'hui, plus personne n'investirait un dollar à Lebster Ends. Mais à l'époque, ça paraissait pas une si mauvaise idée. ' Faut dire que la crise de 29 était pas encore passée par là, et le moindre trou perdu conservait toutes ses chances.
C'est sans doute ce que s'était dit Craig Shelton. Il avait racheté jusqu'au moindre caillou aux alentours. La seule chose qui l'énervait, Craig, c'est qu'il possédait tout sauf le saloon. C'était d'autant plus dommage que c'était évidemment l'endroit le plus prisé de Lebster. Les Gentlemen farmers y côtoyaient les voleurs de chevaux, et si les soirées n'étaient pas toujours calmes, l'endroit était assez fréquenté pour que personne n'ait envie de chercher des noises à son propriétaire, même s'il était français. Georges Latour, qu'il s'appelait. Monsieur Georges Latour. Ca n'était pas pour autant un de ces établissements classieux comme on pouvait en voir dans les grandes villes. La bière y était tiédasse, les danseuses n'avaient rien des demoiselles françaises, mais on s'y sentait bien, et de toutes façons, côté sorties, à Lebster Ends, c'était ça ou l'église.
Evidemment, Shelton avait voulu racheter l'endroit. Il avait fait plusieurs propositions mais Latour avait toujours refusé. Il parait que Shelton avait utilisé des moyens plus ou moins louches pour le faire céder, mais si on devait croire tout ce qui se dit... Ce qui est sûr c'est que peu après l'incendie raté de l'endroit, il a fait appel à Jebbediah et Bartholomew Moosh.
Jebbediah et Bartholomew étaient des truands, des vrais. Leurs têtes étaient mises à prix dans plusieurs états, 1000 dollars chacun. Pour l'époque, ça faisait une sacrée somme. Quelques chasseurs de primes leur courraient après, mais en général, quand ils les rattrapaient enfin, la rencontre ne tournait jamais à leur avantage. Les frères Moosh avaient la gachette rapide, précise, et n'aimaient pas se poser trop de questions, en général. On n'sait pas trop comment ils ont rencontré Shelton. Ils avaient pas l'air du même monde. Mais bon, est-ce qu'on pouvait arriver à la place de Shelton sans avoir les mains un peu sales ?
Le plan était simple : Jebbediah et Bartholomew devaient entrer dans le saloon, descendre le français et l'affaire serait rêglée.
C'est à partir de maintenant que mon récit peut avoir vraiment de l'intérêt, parceque j'étais là quand Bartholomew est entré dans le saloon. On savait qu'ils étaient en ville, mais ça faisait quand même bizarre de se retrouver en face des types dont la tête était placardée sur la porte du sheriff. Quelques clients sortirent, les filles quittèrent la salle. Moi, j'étais trop loin de la sortie, je voulais pas attirer l'attention. Je regardais ma bière, devinant que les Moosh se rapprochaient de Latour.
C'était surprenant. Latour, il avait pas l'air stressé, il les accueillait un peu comme n'importe quels clients. C'est ça qui a dû les déstabiliser, et ils ont pas su quoi répondre quand il leur a dit, avec son accent français " Qu'est-ce que je vous sers ?". A sa place, moi, j'aurai pas fait le malin. Les Moosh ont braqué leurs colts sur lui quand il s'est abaissé derrière le comptoir. Mais plutôt que de sortir une Winchester, il posa trois verres et une bouteille entre lui et les deux frêres. Du vin. J'me rappelle très bien m'être dit à ce moment que c'était bizarre. J'avais jamais vu de vin au saloon. Pourtant, les français, ça boit du vin, pas vrai ?
Il servit les verres.
-C'est pour la maison, qu'il leur a dit l'air de rien.
Les deux autres, ils se méfiaient, ils lui ont demandé de boire d'abord. Ce qu'il a fait. Alors ils ont goûté, et apparemment, ils ont aimé, parceque y'a pas qu'une bouteille qui y est passée. Le français, il tenait plutôt bien, mais les frères Moosh, on voyait qu'ils avaient pas l'habitude. La seule question qui se posait maintenant était de savoir quand le français allait leur trouer la peau. Pour la prime, l'affiche disait morts ou vifs. Et ils étaient un peu entre les deux quand ils se sont écroulés, ne tenant plus debout. Comme des veaux que le français les a attachés, avant de sortir chercher le sheriff, tranquillement. Moi, je ne pouvais m'empêcher de détacher mon regard de ce couple qui avait terrorisé l'ouest, et qui cuvait lamentablement par terre en attendant qu'on leur passe la corde au cou.
Le sheriff est arrivé. Il a eu l'air un peu embarassé de les retrouver vivants. Vivants, ça voulait dire qu'il allait falloir leur faire un procès, et surtout s'en occuper d'ici là.
-Bon, je vais faire une demande au comté pour que vous receviez au plus vite votre prime. Avec deux mille dollars, vous allez pouvoir redécorer l'établissement, qu'il lui a dit, le sheriff.
-Oh laissez tomber la prime, a répondu le français. Je veux juste qu'on me rembourse mes bouteilles de vin.
Le sheriff, il a eu l'air étonné. Personne crachait sur l'argent, à Lebster Ends, et deux mille dollars, c'était plus d'argent qu'il n'en avait jamais vu d'un coup. Il s'imagianit déjà demander la prime à son nom et rembourser le français.
-Pour combien y'en a , dans ton vin ? demanda t'il...
-Oh, environ deux mille dollars, estima le français, un large sourire au lèvres.
- Deux milles dollars pour quelques bouteilles de vin ?
- Et oui, sheriff, fit le français avant de marquer une petite pause. On n'attrape pas les Moosh avec du vinaigre !
16:25 Publié dans La Boîte à Crayons | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Héhé, pas mal du tout! Bravo Chéri, euh, je veux dire Rom!
(Par contre, lire en blanc sur orange, ça craint... Enfin, je dis ça, je dis rien!)
*part se reposer les noeilles*
Ecrit par : Septentria | samedi, 11 novembre 2006
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